La Grange au Lac est un lieu où chaque détail compte.
Si les lustres et l'abat-son, que nous vous présentons ici, incarnent à la fois l'élégance et la performance acoustique de la salle, ils ne sont pas les seuls à lui donner son caractère unique.
Il ne faut pas oublier la forêt de bouleaux qui prolonge la nature jusque sur scène, ni les écritures cyrilliques qui rappellent l'hommage rendu à Mstislav Rostropovich.
Ensemble, ces éléments composent une harmonie subtile entre esthétique, symbolique et fonctionnalité.
Les Lustres
Certains y voient des cloches, d’autres des crinolines : indissociables de La Grange au Lac, les lustres suspendus au-dessus de la scène sont l’un des éléments identitaires de la salle.
Leur silhouette de cristal contraste avec la sobriété du bois environnant : une touche de luxe qui contribue à la magie du lieu. Majestueux et singuliers, ces lustres racontent une histoire faite d’audace architecturale et d’ingéniosité artisanale. En 1993, guidé par l’exemple du Musikverein de Vienne, cité en référence par Mstislav Rostropovich, l’architecte Patrick Bouchain imagine ces structures originales, qui permettent - à la demande du célèbre violoncelliste - d’éviter un éclairage direct des artistes. À court de budget pour les faire réaliser, l’architecte récupère auprès d’un prestigieux verrier de Murano une caisse de pièces mise au rebut parce que bullées ou déformées. Associées à des pendeloques et assemblées avec audace, le résultat s’est révélé magnifique, la taille décroissante des lustres ajoutant un saisissant effet de perspective.
Un effet sublimé
En 2019, une rénovation d’envergure, conduite par Patrick Bouchain et Jean-Christophe Denise, donne aux lustres un éclat encore plus intense : les pampilles en cristal de Bohême sont densifiées, les grappes de stalactites de Murano étoffées, et l’éclairage optimisé avec l’ajout discret de chaussettes perlées et de tubes LED. Ces améliorations ont ouvert de nouvelles possibilités de jeux de lumière et magnifié le potentiel scénique de la salle.
L'abat-son
L’immense carapace d’aluminium suspendue au plafond est - avec les lustres - le seul élément de La Grange au Lac qui ne soit pas en bois.
Sa fonction n’est pas qu’esthétique, elle est avant tout fonctionnelle : constituée de pétales d’Alucobond® - panneaux composites à base d’aluminium -, c’est elle en effet qui assure l’acoustique exceptionnelle et unanimement reconnue de la salle. La qualité parfaite de la transmission du son, obtenue grâce à cet abat-son, résulte d’une collaboration étroite entre l’architecte Patrick Bouchain et l’acousticien Yaying Xu. La forme oblongue de cette conque, en épi de blé, est née d’une contrainte budgétaire : comme ce fut le cas pour les lustres, elle a été constituée à partir de chutes qui, assemblées les unes aux autres, se sont muées en œuvre d’art.
La signature acoustique d'Albert Xu (1934-2023)
La Grange au Lac doit son acoustique singulière à Albert Yaying Xu. Expert mondialement reconnu, il a joué un rôle déterminant dans la qualité sonore, à la fois riche et équilibrée, de la salle. Son expertise des rapports entre volume, nombre de spectateurs et propagation du son a conduit à en définir la volumétrie (40 x 20 x 18 m, capacité initiale de 1 100 places) et à privilégier des matériaux absorbants et réfléchissants, comme le bois. On lui doit également l’installation de cet abat-son en Alucobond®, dont le rôle est essentiel dans la maîtrise de la réverbération.
En 2022, quelques mois avant sa disparition, Albert Yaying Xu est revenu prêter son oreille à La Grange au Lac pour corriger les écarts acoustiques apparus avec le temps. Comme un instrument que l'on accorde, La Grange au Lac a retrouvé cette sonorité remarquable qui fait son identité.